L'abbaye de Notre Dame des Neiges

 

Située à 1100 mètres d'altitude, sur les hauts plateaux boisés des montagnes du Vivarais, dans un site grandiose tour à tour sauvage et enchanteur, la blanche abbaye apparaît soudain dans son écran de verdure comme une oasis de paix, de calme et de sérénité.
Fondée en 1850, cette abbaye venait succéder dans la tradition monastique à l'antique Abbaye de Mazan, fondée quelques 700 ans plus tôt en 1119.

L'abbaye Cistercienne de Notre-Dame des Neiges eut une influence profonde dans l'orientation de la vie du père Charles de Foucault, venu y chercher solitude et recueillement. C'est là qu'il est devenu prêtre.
Les moines vivent du travail de leurs mains, mais l'agriculture trop peu rentable en ce pays au sol ingrat et au long hiver, les a contraints d'adopter bon gré mal gré, une industrie de vins d'ailleurs fort appréciée.

Bien sûr, la vigne ne pousse pas à l'altitude du monastère. Les moines vinifient par eux-mêmes les raisins récoltés dans un département du Sud de la France, le Gard, dans le périmètre de Bellegarde, célèbre par sa clairette, vin classé A.O.C.

A ce jour, cette activité a été aussi abandonnée.

 

   L'abbaye cistercienne de Mazan

 

De 1119 à 1123 : la fondation.


    L'adjectif "cistercienne" provient de Citeaux, abbaye bénédictine située près de Dijon, fondée en 1098 pour y abriter l'ordre cistercien.
Austérité et exercice du travail manuel sont les règles que doivent observer les moines. Mazan sera la première abbaye créée par Citeaux dans la région Vivarais-Languedoc.

Deux personnages sont à l'origine de cette fondation : l'évêque de Viviers désireux d'accueillir des moines dans son diocèse et le seigneur Pierre Itier de Géorand propriétaire d'un fièf considérable situé entre la Loire et l'Ardèche conscient de l'influence bienheureuse des moines au sein des campagnes. Tous deux vont conjuguer leurs efforts pour installer une telle communauté. L'ecclésiastique va faire venir les moines et le féodal donner ses terres. Ce dernier impose toutefois une condition à l'épiscopat : la future abbaye sera dirigée par son fils, le chanoine Pierre Itier, en qualité d'abbé. Malgré quelques réticences de la part des religieux, cette condition est acceptée. Cet accord va à l'encontre d'une grande règle qui gouverne l'ordre de Citeaux : conserver sous sa direction les abbayes sorties de leur sein et bénéficier de leurs richesses. Le féodal a eu raison de l'épiscopat !
En 1119, douze religieux s'installent sur les terres du Mas d'Adam. En 1123, ils quittent ce lieu et prennent possession du premier monastère et de sa modeste chapelle.

De 1123 au 15ème siècle : l'apogée.


Vers 1150, une grande abbatiale de 52 m de long, 16 m de large et 13 m de hauteur, ainsi qu'un cloître de 28 m de longueur remplacent la modeste chapelle. Cent personnes vivent dans l'abbaye : une quarantaine de moines astreints à la discipline de l'ordre et des " frères " employés comme serviteurs. Parmi les religieux on distingue les dignitaires, les moines et les "convers ". Ces derniers entrès en religion très tardivement s'occupent de tous les travaux manuels. Vignoble, élevages ovins, caprins, chevaliers, porcins sont les principales ressources de la communauté.

Au cours de cette période, les puissants seigneurs de la région vont faire don de nombreuses terres à l'abbaye. Mazan va acquérir des bâtiments à Mende, Viviers, Aubenas et créer une école au Puy. Elle va fonder plusieurs abbayes dans le sud de la France.

La communauté cistercienne de Mazan est devenue une remarquable puissance économique. Elle le restera jusqu'au milieu du 14ème siècle. A partir de cette époque, le déclin est amorcé. Les pillages successifs organisés par des bandes de "routiers" et la guerre de "cent ans" 1337-1453 en sont les principales causes.
Après la guerre, l'abbaye de Mazan a énormèment souffert : bâtiments endommagés, troupeaux décimés, etc. Surmontant ces terribles épreuves, elle continue de gérer son patrimoine grâce au travail d'une douzaine de moines seulement. Nous sommes à la fin du 15ème siècle.

Du 16ème siècle à nos jours : le déclin et la disparition.


Au milieu du 16ème siècle, les guerres de religion succèdent à la guerre de "cent ans". De 1580 à 1587, l'abbaye est occupée et pillée par les Huguenots, les moines chassés et le couvent brûlé. A la fin de cette guerre de religion, Mazan va vivre misérablement jusqu'à la révolution de 1789 avec seulement six religieux. Le pouvoir en place va confisquer les bâtiments et l'abbatiale, sans y porter atteinte.

En 1790, un inventaire des biens de l'abbaye est effectué, provoquant le départ des moines. Tout ce qui appartient à la communauté cistercienne est vendu comme bien national. La dégradation du monument va s'accélérer entre 1840 et 1904. Nous citerons quelques dates significatives.

1840 : L'église est intacte et sert au culte paroissial.
1843 : Le curé de la paroisse de Mazan fait construire une petite église
celle du village actuellement) en utilisant les murs de l'aile
ouest du monastère et les pierres de l'abbaye.
1847 : Les monuments historiques classent les vestiges de l'abbaye.
1850 : Les habitants du village commencent la destruction du site.
1854 : La coupole au dessous de l'église est toujours intacte.
1857 : Un architecte constate le désastre.
1899 : Le délabrement des bâtiments est inexorable.
1904 : Tout n'est que ruines.

Aujourd'hui : nous citerons une phrase du dernier curé de Mazan prononcée en 1981 : "Aujourd'hui, il ne reste que quelques débris épars de cet immense monastère et de cette église qui furent les témoins de tant de prières et de sacrifices."

 

   Le monastère des Chambons


    
En 1098 fut créée l'abbaye de Citeaux selon la règle de St Bernard par Saint Robert de Molesme. Vingt ans plus tard, les abbayes des Chambons et de Mazan furent créées à leur tour.

Par son rayonnement spirituel suscitant les donations, par la bienveillance que lui témoigne la noblesse, et grâce à une sage politique d'expansion locale, les moines avaient accru leur patrimoine.
Deux acquisitions importantes, suivies d'une alliance au plus haut degré allaient porter à l'apogée la puissance matérielle de l'abbaye :
Premièrement, Guillaume de Randon vendait à l'abbaye des Chambons en 1320 ses revenus et droits de toutes sortes qu'il avait sur le mandement de Saint-Etienne-de-Lugdarès (étaient compris Huédour, Le Sapt, Le Plagnal, Masvendran, La Gazelle, Le Ranc, La Chaze,Masméjean). Et aussi Chazeneuve et Monteil.

Deuxièmement, ledit seigneur, par une deuxième vente en 1321 cédait à l'abbaye susdite : le château de Borne, avec son terroir et son mandement, ainsi que toutes les censives et droits qui y étaient attachés.
Cette dernière vente devait être contestée par le bailli du Vivarais et Valentinois, car le seigneur de Randon n'avait reçu, de son suzerain, ce fief que comme "en dépôt".
C'est pourquoi l'Abbé de N.D. des Chambons jugea à propos de solliciter la protection du roi de France. Un traité de "pariage" entre le roi et l'abbé en 1323 fut la conclusion des tractations.
Ainsi la justice et juridiction étaient communes et une Cour royale était instituée à Borne. Le sceau de la Cour représentait les armes du roi et du seigneur-abbé. Elles étaient gravées sur les bâtons des sergents.

A l'exception du Cros, du mas de Ranc d'Albespeyre, et du mandement du château de Luc, qui restaient sous la juridiction de l'évêque du Puy, tout le terroir de Saint-Etienne-de-Lugdarès se trouvait placé sous l'autorité du roi et de l'abbé des Chambons.

On peut penser que c'est à partir de l'acquisition du mandement de Borne que le blason de l'abbaye représentait l'écu de la Maison de Borne : "D' or, à l'ours rampant de sable, armé et lampassé de gueules" auquel fut ajouté une crosse lorsque l'Abbé des Chambons reçut la mitre et la crosse au XIV ème siècle.

De nos jours, il ne reste que quelques traces de cette abbaye, les pierres ont été pillées par les habitants du village pour la construction de leur maison.

 

Cellier Du Luc - A propos - 2010