L'auto monte au Plagnal

L'auto monte au Plagnal, même plus loin encore;
On voit, surtout en juin, la plus superbe flore.
Sur une lieue autour sont les bois et les monts,
Les sources, les ruisseaux, cascades et vallons.
C'est entre Montsézieu et le mont la Pialade,
D'où l'on voit assez près, le col de la Chavade,
Et au loin, vers le nord, le conique Gerbier
Que jaillit un cours d'eau affluent de l'Allier.
Nous le suivrons de près, à partir de Cerveyre,
Sur deux lieux environ, jusques à la Vigeyre.
Laissant vers le levant la forêt de Beauzon,
Il descend à l'ouest et s'appelle Liauron.
De nombreux amateurs de la belle nature
Ont visité son cours et goûté son eau pure.
Pittoresque pays ! chantait le troubadour;
Même avis de tous ceux qui en ont fait le tour.
Ces monts bien arrondis, boisés surtout de hêtres,
Dominant en tous sens, hauts de quinze cents mètres,
Vous offrent par temps clair le plus charmant coup d'oeil.
Bien des pays vantés en feraient leur orgueil.
Montagnes et vallons,bourgades et villages,
Vous les complerez tous par un temps sans nuage.
Photographe amateur, portez votre appareil.
Vous serez satisfait, le site est sans pareil.
Au levant le mont Gros, au midi Regordonne;
Vers l'ouest mont Lozère et monts de Maguelonne.
Puis ceux du Gévaudan, des trois soeurs, du Goulet;
Au nord les monts d'Auvergne; plus près ceux du Velay.
Langogne à quatre lieues, tout près l'Espézonnette,
La plaine du Plagnal, le val de la Pradette.
Nommons l'Estévenès, Châteauneuf-De-Randon,
Lanarce, Saint-Alban, Pradelles, Lespéron,
Le canton Saint-Etienne, Huédour, Chazeneuve,
Cros, Doulay, Luc, Saint-Flour, Concoules, Maisonneuve...
A notre observatoire il nous faut dire adieu,
Et voir le Chapelas autrefois tout en feu.
Ce volcan sans voisin n'est qu'à deux kilomètres;
Il dort depuis longtemps, est couronné de hêtres.
Nous allons au Brouzet pour suivre le Liauron;
Ici, d'un ancien lac, à contour presque rond,
Tout semble déceler l'existence certaine;
Aujourd'hui on ne voit que gazon, sources, plaine.
Les gens de ce hameau fabriquaient autrefois
Des tuiles de granit cuites tout près du bois.
Déjà utilisé à travers la prairie
Le Liauron l'est ici pour moulin, scierie.
Des chutes des échos, c'est le commencement:
Le ruisseau court, retombe et toujours en chantant,
Débouche enfin au Sapt, au milieu des prairies.
Après avoir traversé sur des pierres polies
Et en des sauts nombreux le résonnant vallon,
Que forment au couchant Cerveyre et le Rouchon.
Remettons la parole à un auteur habile,
A l'écrivain Francus qui vit l'abeille agile,
Les ruches des jardins, les vaches en troupeaux
Parcourir les près verts sur les bords des ruisseaux,
Voilà plus de trente ans depuis cette visite
Que le grand écrivain en quête d'un beau site
Fit alors au Plagnal et dans le pays voisin.
Les abeilles, toujours, vont au nectar divin.
Quel bon gouvernement et quel peuple modèle
Que cette noble gent au corps pourtant si frêle
Travaillant de concert et n'ayant qu'un désir:
Par l'union et l'entente on a profit plaisir.
La flore est la plus belle et la plus parfumée,
Partout vous respirez l'atmosphère embaumée.
Qui peut voir la montagne en habit de printemps
Reconnait que son miel doit prolonger nos ans;
Extrait aux mille fleurs, aliment et remède,
A tous jeunes et vieux, ce nectar vient en aide.
Aux abords du hameau, champs du Comte, Chastel !
Ce dernier aujourd'hui est appelé Clausel.
Tout près c'est la cascade et gouffre de Bataille
S'étendant sur le roc dans une large entaille.
Au-dessous des maisons le ruisseau de Bois-Vert;
Plus bas celui qui vient de la Croix du Coudert
Le poisson plus nombreux s'enfuit dans les barrages,
Les arbres de Chabrol montrent leurs verts feuillages.
Nous allons au Cellier bâti sur le Liauron;
Bien d'autres eaux affluent de la Croix de Bandon;
Il en vient de Levers, du quartier de Rougeyre
Toujours des prises d'eau jusques à la Vigeyre.
Là-bas, au bord d'un pré, le dixième moulin
Que notre clair Liauron fait tourner en chemin,
Vers un pont tout récent, trois arches bien construites,
S'acheminent ses eaux et se cachent les truites.
Des champs, des bois de pins couronnant les côteaux
Dominent de partout les près et les ruisseaux.
Vaillant et complaisant un agriculteur chante.
Coté la Villetelle un chemin à mi-pente.
Nous sommes à la voix de Nîmes à Clermont.
Là devrait se dresser ou gare ou station;
Presque deux lieues encore pour se rendre à Langogne;
Quelle perte de temps, quel retard en besogne.
Souhaitant au lecteur d'aller à Montsézieu,
Que d'avance il reçoive un cordial adieu.

L.P. Le Sapt (Ardèche) 1921

          Nautre, gent dou Vivarès Nous, gens du Vivarais (Traduction)

Sian gent dou Vivarès. Aqueli de la vilo
Belèu penson que sian que de païsanas.
Mai ié cercaren pas de querello sterilo,
Amen noste païs, voulen ié vièure en pas.

Segur, nostis ermas e planuro espinouso
Ne soun pas talamen terraire de valour.
Pamens se la garrigo es gaire proufichouso,
Au mes de mai fai bon senti li bouis en flour.

De sesoun en sesoun, la proudigo naturo
Acoulouro un tabléu efemere e chanjant.
Au penjant di coulino e tamben sus l'auturo
S'escampon de sentour que vous fachinaran.

Nous tenén à l'escart di routo brusissènto
E tiren dou coustat di draiou toursegu.
Se vous agrado pas la foulo envahissènto
Aqui, sares toujour, ami, li ben-vengu.

Trouvares en chami, quasi arrouinado,
Quauqui vièio bastisso amé lou grand bachas
Ount lou pastre, autre-tèms, veniè à la vesprado
Abèura lou troupèu que s'acampavo au jas.

Ne sian pas envejous se de terro mai drujo
Dins la plano eilavau dounarien des cop mai.
Aquito, lou grangié s'acountento se jujo
Qu'a proun culi de blad pèr paga soun travai.

Siegue en ribo dou riou o siegue à la mountagno
Aven pougu chava de racino proun founs.
Meme se l'agarus, de-cop, nous escarougno
Aqueste endré nous plais mièi qu'un autre cantoun.

Louis Breysse …/…
Nous sommes gens du Vivarais. Ceux de la ville
Peut-être pensent que nous ne sommes que des rustres.
Mais nous ne leur chercherons pas de querelles stériles,
Nous aimons notre pays, nous voulons y vivre en paix.

C'est sûr, nos champs et plaines épineuses
Ne sont pas tellement terrains de valeur.
Pourtant si la garrigue n'apporte pas un grand profit
Au mois de mai il fait bon sentir les genets en fleur.

De saison en saison, la nature prodigue
Colore un tableau éphémère et changeant.
Au penchant des collines ainsi que sur les hauteurs
S'échappent des odeurs qui vous fascinent.

Nous nous tenons à l'écart des routes bruyantes
Et nous allons du côté du petit chemin tortueux.
Si la foule envahissante ne vous plaît pas,
Là, vous serez toujours, amis, les bienvenus.

Vous trouverez en chemin, presque en ruines,
Quelque vieille bâtisse avec un grand bassin
Où le berger, autre temps, venait à la tombée du jour
Faire boire son troupeau qui rentrait à l'étable.

Nous ne sommes pas envieux si des terres plus riches
Dans la plaine là-bas, produisent dix fois plus.
Ici, le fermier est content s'il juge
Qu'il a assez récolté de blé pour payer son travail.

Que ce soit au bord du ruisseau ou sur la montagne
Nous avons pu enfouir des racines assez profondes.
Même si le buisson nous égratigne
Cet endroit nous plaît plus qu'un autre petit coin.


Cellier Du Luc - A propos - 2010